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  • Pierre Lebriquir

Commentaire des propos du ministre de l'intérieur sur les ressortissants étrangers

Le 7 mai dernier, le ministre de l'intérieur, Monsieur Gérald Darmanin, proposait une analyse fulgurante sur Twitter :


"Au total, il y a 30 % d’éloignements forcés de plus que sous les deux quinquennats précédents. Dans le même temps, nous naturalisons 30 % de moins. Nous avons durci les conditions d’intégration et les entretiens d’assimilation."


Outre le fait qu'il n'y a aucun lien logique entre la première phrase et les deux suivantes, ces propos appellent des réactions.


La première partie du propos "Au total, il y a 30 % d’éloignements forcés de plus que sous les deux quinquennats précédents", sous-entend que le présent quinquennat est d'ores et déjà 30% plus efficace que les deux quinquennats précédents. Aucun chiffre récent n'est accessible publiquement. Il faut donc se contenter de cette affirmation. Nous ne savons pas ce que constituent les "éloignements forcés" : s'agit-il des obligations de quitter le territoire prononcées ou exécutées? S'agit-il d'expulsions après une sanction pénale, après un refus de titre de séjour, après un refus d'asile?


Il apparaît en tout cas relativement curieux de se féliciter de l'expulsion d'un étranger qui, jusqu'à preuve du contraire, n'a commis aucune infraction...


La seconde partie "Dans le même temps, nous naturalisons 30 % de moins." me laisse également particulièrement perplexe.


Les naturalisations n'ont rien à voir avec les expulsions d'étranger, pourquoi les rapprocher dans le même tweet?


Par ailleurs, pourquoi et comment se féliciter d'une baisse de naturalisations? La baisse de 30% (curieuse coïncidence...) doit-elle nous conduire à nous réjouir? Au contraire! Si moins de personnes sont naturalisées, cela signifie que moins de candidats remplissent les conditions d'intégration et d'assimilation. Donc, qu'il y a une dégradation de la qualité des dossiers présentés !


Enfin, venons en au bouquet final: "Nous avons durci les conditions d’intégration et les entretiens d’assimilation."


Les "conditions d'intégration" sont un raccourci ; il serait plus correct de parler de "conditions d'évaluation de l'intégration". Mais cela suppose une pensée en plus de 140 caractères. Sur le fond, l'affirmation est erronée. Les conditions d'évaluation n'ont pas été changées. Les préfectures, comme le ministère et les tribunaux, appliquent toujours la même grille d'analyse, tendant à vérifier si le candidat a bien établi le centre de ses intérêts personnels et professionnels en France.


Les "entretiens d'assimilation", sur ce point je suis d'accord avec le ministre, ont bien été durcis. La semaine dernière, deux de mes clients m'ont appelé en pleurs après l'entretien, parce que l'agent de la préfecture les avait fait se sentir comme des moins que rien. L'un est directeur d'une boutique de luxe, l'autre responsable logistique ayant travaillé pendant toute la période de crise sanitaire.


Aussi, lorsque l'on prend en compte l'ensemble de ces éléments, cela me laisse un goût amer.


Se féliciter d'un nombre d'expulsions en hausse, nombre affiché mais non argumenté, est-ce bien sérieux?


Se réjouir d'un durcissement des conditions de naturalisation, sur la fermeture de l'accès à la nationalité, n'est-ce pas renier notre histoire? N'est-ce pas oublier que notre pays s'est construit et se construit sur des vagues successives de migration, et que la richesse de la France vient de sa diversité?


Ces discours ont des relents xénophobes qui me déplaisent au plus haut point.


Le ministre oublie que l'on grandit en ouvrant les bras, et pas en fermant des portes.


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