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L'abus de confiance : comprendre une infraction souvent méconnue

  • Photo du rédacteur: Pierre Lebriquir
    Pierre Lebriquir
  • il y a 7 jours
  • 4 min de lecture

L'expression « abus de confiance » est fréquemment employée dans le langage courant pour désigner une trahison ou un comportement déloyal. Pourtant, en droit pénal, cette notion répond à une définition très précise. Tous les manquements à la confiance ne constituent pas un abus de confiance au sens de la loi. Pour que l'infraction soit caractérisée, plusieurs conditions doivent être réunies.


Alors, qu'est-ce qu'un abus de confiance ? Dans quelles situations cette infraction peut-elle être retenue ? Quelles sont les peines encourues ? Voici les principales règles à connaître.


L'abus de confiance est défini par l'article 314-1 du Code pénal, qui dispose :

« L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé. »

Cette infraction est punie de trois ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende, des peines qui peuvent être aggravées dans certaines circonstances prévues par les articles 314-2 à 314-4 du Code pénal, notamment lorsque l'auteur est un professionnel dépositaire d'une mission particulière de confiance.


L'objectif du législateur est de protéger non seulement le patrimoine des victimes, mais également la confiance indispensable au bon fonctionnement des relations économiques, professionnelles et personnelles.


Contrairement au vol, où le bien est soustrait contre la volonté de son propriétaire, l'abus de confiance suppose que la victime ait volontairement remis le bien à son auteur.


Trois conditions doivent être réunies.


1. Une remise préalable


Le bien doit avoir été remis volontairement à une personne.


Cette remise peut concerner des sommes d'argent, un véhicule, des marchandises, du matériel informatique, des documents ou encore certains biens immatériels.


La Cour de cassation a récemment adopté une conception particulièrement large de la notion de « bien quelconque ». Dans un arrêt du 13 mars 2024, elle a jugé que l'abus de confiance peut désormais porter également sur un bien immobilier, mettant fin à une jurisprudence ancienne qui l'excluait.


2. Une remise à titre précaire


Le bien ne doit pas avoir été transféré définitivement.


Il doit avoir été confié dans un but précis : être conservé, utilisé selon des instructions déterminées, restitué ou représenté.


Cette condition est essentielle. Ainsi, lorsqu'une somme est versée en pleine propriété, il ne peut en principe plus y avoir d'abus de confiance.


La Chambre criminelle de la Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 26 janvier 2005, en jugeant que des honoraires versés à un avocat deviennent sa propriété et ne peuvent donc, sauf circonstances particulières, constituer l'objet d'un abus de confiance.


3. Un détournement


Enfin, la personne doit avoir utilisé le bien contrairement à la destination qui avait été convenue.


Le détournement constitue le cœur de l'infraction.


Il peut s'agir, par exemple :

  • d'un salarié utilisant les fonds de son employeur à des fins personnelles ;

  • d'un mandataire conservant des sommes qui devaient être restituées ;

  • d'un dirigeant d'association utilisant les biens de celle-ci dans son intérêt personnel ;

  • d'une personne refusant délibérément de restituer un bien qui lui avait été confié.


Le simple retard dans la restitution ne suffit toutefois pas toujours : les juridictions recherchent l'existence d'une véritable volonté de se comporter comme le propriétaire du bien.


La Cour de cassation adapte régulièrement l'infraction aux évolutions de la société.


Par exemple, dans un arrêt du 19 juin 2013, elle a considéré que le temps de travail d'un salarié pouvait constituer un bien susceptible d'être détourné lorsque celui-ci est utilisé à des fins totalement étrangères à l'activité professionnelle. Cette décision illustre l'élargissement progressif de la notion de « bien » protégée par l'article 314-1 du Code pénal.


Cette évolution démontre que l'abus de confiance ne se limite plus aux seuls objets matériels ou aux sommes d'argent.


Les droits de la défense demeurent essentiels


Comme toute infraction pénale, l'abus de confiance doit être démontré par l'accusation.


La charge de la preuve incombe au ministère public et à la partie civile.


Le prévenu bénéficie de la présomption d'innocence, consacrée par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ainsi que par l'article préliminaire du Code de procédure pénale.


Il bénéficie également du droit à un procès équitable garanti par l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme.


La Cour européenne des droits de l'homme rappelle de manière constante que toute condamnation pénale doit être fondée sur une procédure contradictoire, motivée et respectueuse des droits de la défense. L'arrêt Taxquet c. Belgique (Grande Chambre, 16 novembre 2010), bien qu'il ne porte pas spécifiquement sur l'abus de confiance, a profondément influencé les exigences de motivation des décisions pénales dans les États membres du Conseil de l'Europe.


En France, la Cour de cassation veille également à ce que les juridictions caractérisent précisément chacun des éléments constitutifs de l'infraction avant de prononcer une condamnation. Elle censure régulièrement les décisions qui ne démontrent pas suffisamment l'existence d'une remise précaire ou d'un véritable détournement.


En pratique, l'abus de confiance est parfois confondu avec d'autres infractions patrimoniales, notamment le vol, l'escroquerie ou le détournement de fonds.


La distinction est pourtant essentielle.


Le vol suppose une soustraction frauduleuse sans remise préalable. L'escroquerie repose sur une remise obtenue grâce à une tromperie ou à des manœuvres frauduleuses. À l'inverse, l'abus de confiance intervient lorsque la remise est parfaitement régulière à l'origine, mais que le bien est ensuite utilisé contrairement à ce qui avait été convenu.


Cette distinction explique pourquoi chaque situation doit faire l'objet d'une analyse juridique approfondie.



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