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Le blanchiment d'argent : comprendre une infraction au cœur de la lutte contre la criminalité financière

Photo du rédacteur: Pierre Lebriquir
Pierre Lebriquir
il y a 2 jours
4 min de lecture

Le terme « blanchiment d'argent » est régulièrement employé dans les médias à propos du trafic de stupéfiants, de la fraude fiscale, de la corruption ou encore de la criminalité organisée. Pourtant, cette infraction ne concerne pas uniquement les grandes organisations criminelles. Elle peut également être reprochée à une personne qui participe, parfois sans en mesurer toutes les conséquences, à la dissimulation de fonds provenant d'une infraction.


Mais que recouvre exactement le blanchiment en droit français ? Quels comportements sont sanctionnés ? Quelles sont les peines encourues ? Voici les principales règles à connaître.


Le blanchiment est défini par l'article 324-1 du Code pénal.


Selon ce texte, le blanchiment consiste soit à faciliter, par tout moyen, la justification mensongère de l'origine des biens ou des revenus de l'auteur d'un crime ou d'un délit, soit à apporter son concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit.


L'objectif est clair : empêcher que des fonds issus d'activités illicites puissent être réintroduits dans l'économie légale en leur donnant une apparence licite.


Le blanchiment est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Les peines sont portées à dix ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende lorsqu'il est commis de façon habituelle ou en utilisant les facilités procurées par une activité professionnelle (article 324-2 du Code pénal). Des peines complémentaires, notamment la confiscation des biens, peuvent également être prononcées.


Contrairement à une idée répandue, le blanchiment ne consiste pas uniquement à déposer de l'argent liquide sur un compte bancaire.


Les opérations de blanchiment peuvent prendre des formes très diverses :

utilisation de sociétés écrans ;

acquisitions immobilières financées par des fonds d'origine illicite ;

transferts internationaux de capitaux ;

achats d'œuvres d'art ou de biens de luxe ;

recours aux cryptomonnaies pour masquer l'origine des fonds ;

prêts ou montages financiers destinés à donner une apparence légale à des revenus illicites.


La loi réprime aussi bien les opérations complexes de criminalité organisée que des comportements plus discrets, dès lors qu'ils participent à la dissimulation de l'origine frauduleuse des biens.


Le blanchiment est une infraction de conséquence : il suppose que les fonds proviennent d'un crime ou d'un délit préalable.


Cette infraction d'origine – parfois appelée « infraction sous-jacente » – peut être très variée : trafic de stupéfiants, escroquerie, abus de confiance, fraude fiscale, corruption, travail dissimulé ou encore trafic d'êtres humains.


Il n'est toutefois pas toujours nécessaire que l'auteur de l'infraction principale ait été définitivement condamné. La jurisprudence considère qu'il suffit que les juges disposent d'éléments permettant d'établir l'origine délictueuse ou criminelle des fonds.


Dans un arrêt du 11 septembre 2019, la Chambre criminelle de la Cour de cassation a rappelé que l'infraction préalable n'a pas à être précisément identifiée dès lors que les circonstances démontrent suffisamment l'origine illicite des avoirs. Cette solution facilite la répression des circuits financiers opaques, souvent internationaux.



La Cour de cassation adopte une interprétation large des actes susceptibles de constituer un blanchiment.


Elle considère notamment que des opérations de transfert, de conversion ou de réemploi de fonds peuvent suffire lorsqu'elles ont pour objet ou pour effet de masquer leur origine frauduleuse.


Dans un arrêt du 19 juin 2024, la Chambre criminelle a confirmé plusieurs condamnations pour blanchiment aggravé dans le cadre d'une vaste fraude financière de type chaîne de Ponzi. La Cour a rappelé que les opérations destinées à recycler les fonds provenant d'une escroquerie constituent des actes de blanchiment lorsqu'elles participent à leur dissimulation ou à leur réintégration dans les circuits économiques légaux.


La jurisprudence insiste également sur l'importance de démontrer l'élément intentionnel : la personne poursuivie doit avoir eu connaissance, au moins de manière suffisamment caractérisée, de l'origine frauduleuse des biens qu'elle manipule.


La lutte contre le blanchiment ne repose pas uniquement sur les juridictions pénales.


De nombreux professionnels – établissements bancaires, notaires, experts-comptables, commissaires de justice, agents immobiliers, casinos ou encore certains avocats dans des situations définies par la loi – sont soumis à des obligations de vigilance prévues par le Code monétaire et financier, notamment aux articles L. 561-1 et suivants.


Ces professionnels doivent identifier leurs clients, vérifier l'origine de certaines opérations et, lorsqu'une opération leur paraît suspecte, procéder à une déclaration auprès de TRACFIN, le service français de renseignement financier.


Ces obligations participent à la politique internationale de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.


Comme toute personne poursuivie pénalement, le prévenu bénéficie de garanties fondamentales.


L'article préliminaire du Code de procédure pénale, l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ainsi que l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme garantissent notamment la présomption d'innocence, le droit à un avocat, le respect du contradictoire et le droit à un procès équitable.


La Cour européenne des droits de l'homme rappelle régulièrement que la complexité des affaires financières ne saurait justifier une atteinte aux droits de la défense. Dans son arrêt Taxquet c. Belgique (Grande Chambre, 16 novembre 2010), elle a souligné l'importance d'une motivation suffisante des décisions pénales afin que la personne condamnée puisse comprendre les raisons de sa condamnation.


La Cour de cassation exerce, de son côté, un contrôle attentif sur la caractérisation des éléments constitutifs du blanchiment et sur le respect des garanties procédurales prévues par le Code de procédure pénale.


La matière demeure particulièrement technique. La qualification de blanchiment suppose l'analyse précise de l'origine des fonds, des opérations réalisées et de l'intention de leur auteur. Qu'il s'agisse de défendre une personne mise en cause ou d'accompagner une victime, une étude approfondie du dossier et de la jurisprudence est indispensable afin de préserver efficacement les droits de chacun.

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